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École-Collège Savio

Une pédagogie novatrice et adaptée

CDS News

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Regards sur le handicap

Lors du Salon du Livre de Niort, le 20 octobre 2018, Michèle Bro­met-Camou, psy­cho­logue cli­ni­cienne, for­ma­trice en psy­cho­gé­néa­lo­gie et en psy­cho­drame à l‘École fran­çaise de psy­cho­drame, a don­né une confé­rence sur le thème « Regards sur le han­di­cap ». Confé­rence ani­mée par Chris­tophe Labrousse, direc­teur fon­da­teur de l’École-Collège Savio et pré­sident de l’école des parents, le « Cercle des Parents pas Car­rés ».

Michèle Bro­met-Camou, en ouver­ture de cette séance, a expli­qué com­bien le regard sur le han­di­cap peut peser lourd et com­ment, à tra­vers le regard des autres, il peut géné­rer de la pitié, voire de la com­pas­sion. À l’origine ce mot était uti­li­sé dans les courses de che­vaux : on fai­sait por­ter aux che­vaux les plus rapides des charges plus lourdes que celles des autres che­vaux afin de les ralen­tir !

Selon MBC, ne devrions-nous pas nous deman­der si nous n’avons pas tous un han­di­cap ? « Je pense que nous por­tons les charges de notre his­toire et nous por­tons par­fois ce qui appar­tient à nos ancêtres. Tout le tra­vail de notre vie est, en fait, un tra­vail d’infidélité à ceux qui nous ont pré­cé­dés : il va fal­loir enle­ver toutes ces charges pour pou­voir vivre la vie que l’on veut.

Ce qui compte, c’est ce que nous allons faire de ces charges qui nous sont impo­sées. Nous devons faire en sorte que ce qui pour­rait paraître un han­di­cap devienne une force. Il faut se dire : « Avec tout cela, je peux tri­co­ter quelque chose d’intéressant »

MBC a racon­té com­ment elle avait eu la chance de tra­vailler avec des enfants han­di­ca­pés. Elle les a retrou­vés vingt ans plus tard et elle a pu consta­ter com­ment ils s’en étaient sor­tis, com­ment ils s’étaient adap­tés.

Cepen­dant, il y a tou­jours ce que les han­di­ca­pés entendent autour d’eux, les éti­quettes dans les­quelles on les enferme et qui leur font cou­rir le risque de deve­nir ce qu’elles nomment. « Mais der­rière le han­di­cap il y a tou­jours un tré­sor et c’est ce qui m’intéresse » déclare-t-elle.

Lors de cette confé­rence, quatre per­sonnes avaient accep­té de témoi­gner :

Julie, souf­frant d’un han­di­cap du spectre autis­tique, a des pro­blèmes rela­tion­nels, des pro­blèmes d’attention et de com­por­te­ments. Sous le regard bien­veillant de sa maman, elle a réus­si à faire des études et conti­nue à pré­pa­rer des diplômes. Elle a, cepen­dant été détec­tée, qu’il y a deux ans par MBC qui s’est posé la ques­tion de savoir si elle devait mettre un nom ou pas sur son mal être. « Plu­tôt que de se vivre comme pas à la hau­teur, j’ai pen­sé qu’il valait mieux don­ner le nom du diag­nos­tic. » Pour Julie, la nor­ma­li­té c’est l’ensemble de toutes les dif­fé­rences qui existent. Une bien jolie défi­ni­tion.

Anaïs, souf­frant du syn­drome de Gilles de la Tou­rette, une mala­die neu­ro­psy­chia­trique qui débute sou­vent avant l’âge de 18 ans et qui se carac­té­rise par des tics moteurs et par­fois des tics vocaux a été reje­tée à l’école, reje­tée par sa famille et par la socié­té. Aujourd’hui auteur et mariée à un homme qui l’a beau­coup aidée par son amour incon­di­tion­nel, elle dit « Pour moi ce n’est pas un han­di­cap, c’est un pro­blème avec lequel nous vivons mon mari, moi et nos deux enfants. » Pour­tant, ce n’est pas facile non plus pour ses enfants. Son fils se fait trai­ter d’enfant de folle à l’école. Sa famille lui avait pré­dit qu’elle n’arriverait jamais à rien faire et qu’elle n’avait même pas droit au bon­heur ! L’expérience aidant, elle déclare que l’on peut avoir un han­di­cap très lourd et s’en sor­tir, mais qu’il peut arri­ver aus­si d’avoir un han­di­cap léger et ne pas s’en sor­tir. L’essentiel est de s’accepter, de ne pas se battre contre son han­di­cap, mais d’apprendre à vivre avec.

Sté­pha­nie et Sté­phane Patu­reau ont trois enfants : Solène, Simon Sofiane. Simon, au centre de la fra­trie, 15 ans actuel­le­ment, est han­di­ca­pé phy­si­que­ment et intel­lec­tuel­le­ment depuis sa nais­sance. Cha­cun des parents a réagi de manière dif­fé­rente, mais ils se com­plètent et quand l’un déprime, l’autre lui remonte le moral, c’est ce qui fait leur force. Les parents arrivent à faire beau­coup de choses avec Simon mal­gré tout et constatent que lorsqu’ils vont se pro­me­ner avec lui, il est heu­reux. Et eux aus­si, par voie de consé­quence. Ils ont appris que le han­di­cap n’est pas une mala­die et que l’on peut vivre avec. En revanche, c’est un com­bat de tous les jours pour gérer le quo­ti­dien et faire en sorte que la famille vive nor­ma­le­ment, parte en vacances, etc. Sté­pha­nie et Sté­phane pri­vi­lé­gient les acti­vi­tés aux­quelles les deux frères peuvent par­ti­ci­per. Sofiane, bien que plus jeune, a fina­le­ment le rôle d’un grand frère. Quant à Solène, elle a été sui­vie par un psy­cho­logue à la nais­sance de Simon. Toute la pape­ras­se­rie à rem­plir que néces­site la situa­tion de Simon prend un temps fou et beau­coup d’énergie. Sté­pha­nie estime que l’on ne fera jamais assez de choses en faveur du han­di­cap, mais constate qu’il y a une évo­lu­tion posi­tive depuis une quin­zaine d’années.

En écou­tant tous ces témoi­gnages on constate que cer­tains termes reviennent sou­vent dont adap­ta­bi­li­té et bien­veillance.

MBC pose la ques­tion de savoir si, jus­te­ment, l’adaptabilité ne serait pas la clé pour vivre au mieux le han­di­cap ? La capa­ci­té d’adaptation fait une richesse de ce qui pour­rait être un pro­blème. Le contexte social doit s’adapter. S’il ne s’adapte pas, la per­sonne han­di­ca­pée ne ren­con­tre­ra que le rejet. Reste à savoir jusqu’où le contexte social doit s’adapter ?

CDS News – 25 octobre 2018

Der­nier ouvrage paru de Michèle Bro­met-Camou : « Gué­rir de sa famille » – Ed Tal­lan­dier