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Une pédagogie novatrice et adaptée

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Interview de Christophe Labrousse par Louis-Marie Picard

Vous trou­ve­rez ci-des­sous un inter­view de Chris­tophe Labrousse réa­li­sé par un ancien élève du col­lège Savio, Louis-Marie Picard et publié sur son blog. Chris­tophe Labrousse raconte son quo­ti­dien d’élu pen­dant cette ter­rible crise sani­taire et donne des conseils pré­cieux et pré­cis pour les parents qui font l’école à la mai­son.

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Chris­tophe Labrousse, maire, direc­teur d’école et mili­tant du lien

« Je vais à la mai­rie tous les jours, même le dimanche, et lorsque je vais ache­ter mon pain ou que je me pro­mène en voi­ture, il m’arrive tou­jours de ren­con­trer quelqu’un dans son jar­din. Il y a quand même un lien qui se crée. »

Dans un pays qui doute en pleine pan­dé­mie, qui demeure dans le brouillard sur le décon­fi­ne­ment, qui attend des res­pon­sables poli­tiques des réponses qu’ils ne sont pas for­cé­ment en mesure de pou­voir appor­ter, des per­son­na­li­tés se retroussent les manches pour aller de l’avant, écou­ter les drames petits et grands et ima­gi­ner demain. Chris­tophe Labrousse a deux cas­quettes : celle de maire délé­gué de la nou­velle com­mune de Melle (Deux-Sèvres) et celle de direc­teur de l’école pri­vée Saint Domi­nique Savio qui vient en aide à des élèves en grand échec sco­laire et dont l’éducation natio­nale n’a pas su appor­ter des réponses. Dans cette inter­view sans conces­sion il revient sur son rôle de maire et de direc­teur de col­lège qui « donnent du sens à sa vie » et pro­pose des conseils concrets aux parents dému­nis face a l’éducation de leurs enfants en temps de confi­ne­ment.

Com­ment s’est opé­rée la prise de conscience par la popu­la­tion du dan­ger de la pan­dé­mie ?
Au départ, pour beau­coup c’était qu’une his­toire qui concer­nait la Chine ou les grandes villes. Et oui il y a eu quand même toutes les infor­ma­tions à la télé­vi­sion que les gens ont beau­coup sui­vi et les inter­ven­tions du pré­sident. À par­tir de là il y a eu une vraie prise de conscience. Il y a une soli­da­ri­té qui s’est ins­tau­rée entre les habi­tants. Nous avons donc créé une chaîne avec les maraî­chers pour que les gens puissent conti­nuer à man­ger loca­le­ment, une prise de conscience avec les grandes sur­faces et aus­si indus­trielle avec l’entreprise Sol­vay qui a déci­dé de fabri­quer du gel hydro­al­coo­lique et d’en dis­tri­buer à l’hôpital de Melle, dans nos EHPAD, dans les phar­ma­cies et un peu dans les mai­ries. Et puis beau­coup de cou­tu­rières ont com­men­cé à confec­tion­ner des masques très tôt.

Vous êtes dans un ter­ri­toire riche du dépar­te­ment des Deux-Sèvres, est-ce que l’économie a souf­fert de cette pan­dé­mie ?
Beau­coup. Je suis très inquiet pour les com­mer­çants et les arti­sans parce que la reprise va être très très com­pli­quée. On est dans l’incertitude et les gens sont plus inquiets de l’après que du moment pré­sent. Pour les habi­tants ça va être com­pli­qué. Est-ce que on va pou­voir retour­ner faci­le­ment ? Est-ce que notre pou­voir d’achat va nous per­mettre d’acheter des fleurs quand on n’en a envie ou de conti­nuer à man­ger local très régu­liè­re­ment ? Le pou­voir d’achat demeure une grosse inter­ro­ga­tion pour la suite.

Com­ment avez-vous vécu le début du confi­ne­ment ?
Le dimanche 15 mars nous nous en sommes pas trop ren­du compte, c’était le jour des élec­tions et nous nous étions très très inquiet. Nous avons essayé de tout mettre en place pour les gestes bar­rières. Moi-même à Saint-Léger je suis res­té qua­si­ment toute la jour­née [au bureau de vote], les gens ont vrai­ment res­pec­té les consignes. Tout s’est arrê­té pour nous mar­di à midi. Je me suis ren­du à la mai­rie et déjà il y avait beau­coup moins de monde sur les routes et plus per­sonne sur les trot­toirs.

Vous avez été réélu ?
Cette fois-ci je ne me suis pas pré­sen­té comme tête de liste puisque j’avais beau­coup de tra­vail mais je me suis pré­sen­té sur la liste d’un autre qui cor­res­pon­dait à mes aspi­ra­tions. Nous étions 12 sur 33 à vou­loir repar­tir ensemble. Nous avons obte­nu 60,03 % des voix dès le pre­mier tour avec 44,41% de par­ti­ci­pa­tion. Le pro­blème c’est que nous ne pou­vons pas tra­vailler ensemble puisque nous ne pou­vons pas élire notre maire et ins­tal­ler le conseil muni­ci­pal.

Pen­sez-vous que c’était une bonne idée de main­te­nir le pre­mier tour des élec­tions muni­ci­pales ?
C’est très com­pli­qué de répondre. La machine était enclen­chée, les réunions étaient faites, tous les papiers été dis­tri­bués, donc l’annuler au der­nier moment était encore un coût sup­plé­men­taire. Les gens se trou­vaient dans le feu de l’action de l’élection. Aujourd’hui la ques­tion se pose de savoir quand aura lieu le deuxième tour dans ces com­munes qui n’ont pas encore de conseil muni­ci­pal. Pour les quelques com­munes qui ont besoin d’un second tour, c’est com­pli­qué !

Vous êtes direc­teur d’un inter­nat pri­vé hors-contrat, com­ment main­te­nir le niveau de vos col­lé­giens qui sont par­fois en grand décro­chage sco­laire ?
Nous tra­vaillons à Savio avec une feuille de route depuis plu­sieurs années. Quand les enfants arrivent le lun­di ils ont tout le tra­vail de la semaine. Quand nous avons appris le jeu­di soir que les écoles allaient être fer­mée dès le lun­di, avec l’équipe péda­go­gique on a tra­vaillé une bonne par­tie de la nuit pour que les feuilles de route soient prêtes dès le ven­dre­di.

Com­ment main­te­nez vous le lien ?
Les enfants peuvent nous appe­ler toute la semaine, il y en a qui ont cours sur What­sApp. On a les parents, les enfants et nous les avons appe­lé la semaine. Moi-même en tant que direc­teur j’ai appe­lé les cinquième,quatrième, troi­sième pour faire le point avec eux et leur sou­hai­ter aus­si de bonnes vacances.
Le ministre de l’éducation natio­nale parle de « conti­nui­té péda­go­gique ». Pour moi on ne peut pas. La péda­go­gie on peut la faire que lorsque l’on est en direct. Les ensei­gnants sont des péda­gogues. On peut par­ler d’une conti­nui­té sco­laire, la d’accord, mais une conti­nui­té péda­go­gique, je ne suis abso­lu­ment pas d’accord, parce que l’enseignant en chair et en os n’est pas pré­sent Et les enfants peuvent avoir besoin de plu­sieurs expli­ca­tions en fonc­tion de ce qu’ils sont, de ce qu’ils ont com­pris. Nous ce qui est impor­tant à Savio c’est de conser­ver le lien. Je pense que c’est ce qu’il faut conser­ver dans toutes les écoles. Cela évi­te­ra à des enfants de décro­cher.

Les pro­fes­seurs ne peuvent pas appe­ler tous les élèves et les parents. Quels conseils pou­vez-vous don­ner aux parents ?
Le conseil est celui que j’applique avec mes enfants. Les équipes péda­go­giques et les ensei­gnants de leurs écoles , sans les avoir au télé­phone, ont sui­vi le tra­vail sur pro­note. Les pro­fes­seurs pou­vaient leur indi­quer ce qu’il y avait de bien dans le devoir ou non. Il y a vrai­ment eu un lien. J’ai trou­vé ça for­mi­dable. Quand les parents sont ensei­gnants et peuvent suivre intel­lec­tuel­le­ment, ça ne pose pas de pro­blème, mais mal­heu­reu­se­ment les familles pour les­quelles les parents ne peuvent pas ou n’ont pas l’outil infor­ma­tique – puisqu’il y en a encore qui n’en ont pas – mal­heu­reu­se­ment pour ces enfants là, je crains que le décro­chage ne soit inévi­table.

Quand ces enfants vont reve­nir en classe, que fau­dra-t-il faire ?
Il fau­drait qu’il y ait des équipes qui soient aidées par d’autres per­sonnes, d’autres ensei­gnants, des sta­giaires qui pour­raient prê­ter main forte aux pro­fes­seurs pour prendre du temps avec ces enfants qui jus­te­ment ont décro­ché parce que je vois quand je vais rece­voir mes élèves, je sais que je vais les rece­voir indi­vi­duel­le­ment, pour faire le point pour voir com­ment ils vont, et on va démar­rer dès qu’ils reviennent un cours de vie de classe sur la citoyen­ne­té et sur l’histoire du Coro­na­vi­rus. Cette année, L’objectif de notre pro­jet péda­go­gique c’est de les faire tra­vailler sur demain. Qu’est-ce que c’est que cette géné­ra­tion va pou­voir inven­ter ? On sait que dans dix ans il y aura 67 % de nou­veaux métiers. C’est le moment ou jamais d’être créa­tif ! Il fau­dra les inci­ter à aller plus loin. Je crai­gnais que cette cin­quième semaine les enfants soient tou­chés mora­le­ment. C’est le cas. C’est notre job d’encourager les jeunes.

Est-ce impor­tant de par­ler de la crise sani­taire avec les élèves ?
Oui c’est très impor­tant. Dans notre cas il n’y a pas de sujet tabou. Ce sera à nous de dédra­ma­ti­ser ce qui s’est pas­sé quand ils vont reve­nir et que nous en par­lions tous ensemble même si c’est très dif­fi­cile. J’invite les parents à ne pas hési­ter à en par­ler à leurs enfants. Je leur sug­gère de regar­der plu­tôt les infor­ma­tions le soir même si c’est pas le meilleur moment de la jour­née, et on s’arrête là.

Si le 11 mai vous deviez reprendre, est-ce que vous pen­sez que vous dis­po­se­rez assez de masques et de gel ?
À par­tir du 11 mai nous n’aurons que l’équipe péda­go­gique, pour pou­voir mettre en place le pro­to­cole que l’on nous demande. Les enfants ne revien­draient, que le 18 et encore pas tous puisque cer­tains parents m’ont fait part de leurs craintes et pré­fère gar­der leurs enfants à la mai­son, donc j’ai dit que j’entendais cette crainte. J’ai une cou­tu­rière qui est prête à me pré­pa­rer des masques et une phar­ma­cie de Niort va nous four­nir 5l de gel hydro­al­coo­lique. Il fau­dra tout remettre en place pour les enfants dans l’internat. Il y aura une dés­in­fec­tion de toute l’école.

Que pen­sez-vous des cours sco­laires sur France 4, la Nation Appre­nante ?
Col­lec­ti­ve­ment c’est pas mal, évi­dem­ment ça ne va pas dans le fond des choses mais ils ne peuvent pas le faire. Tout ce qui peut être fait pour évi­ter le décro­chage c’est bien. Il y a cette ouver­ture vers France 4 et cha­cun y trou­ve­ra son compte puisqu’il y en a pour tous les niveaux. Mais encore une fois la péda­go­gie c’est ce qui manque à la mai­son puisqu’on est des parents édu­ca­teurs et non pas des péda­gogues sco­laires.

Qu’est-ce qui vous fait tenir dans cette crise ?
C’est mon altruisme. Ma mis­sion c’est d’aider les autres. Écou­ter les autres et les aider. C’est le sens que j’ai don­né à ma vie. Donc il faut être pré­sent à la mai­rie le matin, répondre aux appels des parents et des enfants dans la jour­née. C’est vrai­ment être pré­sent pour les per­sonnes.

 

A savoirLe Col­lège Domi­nique Savio est un éta­blis­se­ment de niveau col­lège, accueillant des enfants du Cours Moyen à la 3e , consti­tué de classes à effec­tifs res­treints qui, tout en sui­vant rigou­reu­se­ment les pro­grammes de l’Éducation natio­nale, s’adresse à des élèves en dif­fi­cul­té.