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Création du Savio d’Honneur

Nous avons déci­dé à l’École-Collège Savio d’attribuer désor­mais un SAVIO D’HONNEUR à celle ou celui qui aura écrit un beau texte por­teur de sens, ou réa­li­sé une belle action dés­in­té­res­sée ou à une per­son­na­li­té, un « homme de bien » disait Marc Aurèle, dont les actes et les paroles soient exem­plaires.

L’octroi de ce SAVIO D’HONNEUR sera l’occasion de dis­cu­ter avec les Savio­tins des moti­va­tions de cette attri­bu­tion et nous cite­rons, lors de notre fête de fin d’année, les SAVIO D’HONNEUR décer­nés.

Notre pre­mier SAVIO D’HONNEUR ira à Ludo­vic Malé­cot, archéo­logue direc­teur du musée de Rau­ra­num à Rom, pour son remar­quable texte sur l’Amour que nous vous livrons ci-des­sous.

Chris­tophe Labrousse

Par­mi mes nom­breuses vies, l’une d’elle a fait que je me suis enga­gé pour le bien com­mun, au ser­vice des autres. Etre élu est un véri­table enga­ge­ment, que l’on pour­rait par­fois consi­dé­rer comme étant un sacer­doce. Et ce n’est pas mon très cher ami Chris­tophe Labrousse, que je remer­cie hum­ble­ment pour son invi­ta­tion, qui me dira le contraire, j’en suis sûr.

J’en suis presque à me dire que dans cer­tains cas, il fau­drait avoir des super-pou­voirs dignes des héros que cer­tains d’entre nous ont connu depuis notre plus tendre enfance. Et l’un d’entre eux, Spi­der­man, uti­lise cette maxime « Un grand pou­voir implique de grandes res­pon­sa­bi­li­tés ».

Lorsque Chris­tophe m’a pro­po­sé de rele­ver ce défi qui est de lire devant un public, chose que je n’ai jamais faite jus­qu’à pré­sent, autant vous dire que j’ai eu plu­tôt l’es­prit d’un super « blai­reau » qu’autre chose : en effet, je me suis bien deman­dé com­ment j’al­lais agir, lire, res­pi­rer, déglu­tir devant un public. Oh certes, une autre de mes vies m’a habi­tué à m’ex­pri­mer en public, mais là, on parle bien de côtoyer d’autres com­parses, tous doués de talents que j’i­gnore, mais avec les­quels nous nous sommes retrou­vés dans but com­mun : mon­trer qu’au-delà des appa­rences, au-delà des cli­chés, au-delà des com­pé­tences enfouies ou non, nous sommes capables de nous mobi­li­ser pour mettre en valeur ce que nous avons pro­ba­ble­ment de plus pré­cieux en nous. L’a­mour. Je ne parle pas de cet amour qui lie deux êtres, ou plu­tôt devrais-je par­ler de cette alchi­mie qui fait que deux êtres se rap­prochent (ou plus, sui­vant les moeurs hein…). Je parle du fait « d’ai­mer son pro­chain » ou plu­tôt aimer l’en­ga­ge­ment pour les autres. Aimer cette éner­gie que nous sommes capables de déployer pour aider, sau­ver, mettre en valeur ce qui fait que nous avons ce sen­ti­ment d’hu­ma­ni­té. Et pour ma part, si j’ai accep­té d’être là, c’est parce que j’aime cette démarche, j’aime l’en­ga­ge­ment de ceux qui sont ici, devant vous, mais aus­si pour hono­rer avec fier­té cette ami­tié que j’ai pour Chris­tophe.

Donc j’aime. Oui, j’aime.

Aimer, c’est par­ta­ger des mots, des regards, des espoirs, des craintes.

Parce que l’Amour n’est jamais contraint.

Il est joie, liber­té, force.

L’Amour est empor­te­ment et enthou­siasme.

L’Amour est risque.

N’aiment et ne sont pas aimés ceux qui veulent épar­gner, éco­no­mi­ser leurs sen­ti­ments.

L’Amour est géné­ro­si­té, l’amour est pro­di­ga­li­té, l’amour est échange.

Qui donne beau­coup reçoit beau­coup parait-il.

Et s’il est bien une chose qu’on ne peut pas nous enle­ver, c’est que nous pos­sé­dons ce que nous don­nons. Et lorsque nous don­nons ce que nous pos­sé­dons, c’est que nous le fai­sons avec cette petite fibre que j’ap­pelle « amour » depuis quelques mots.

Aimer ce n’est pas non plus muti­ler l’autre, le domi­ner, mais l’accompagner dans sa course, l’aider.

Savoir accep­ter l’autre tel qu’il est.

Être joyeux du bon­heur qu’il trouve. Et c’est aus­si pour ça que nous sommes là, ensemble : nous sommes là parce que des gens attendent cet amour que nous pou­vons toutes et tous leur appor­ter. Parce qu’en­semble nous pou­vons leur appor­ter cette once de gué­ri­son, d’es­poir qu’ils peuvent avoir per­du de vue.

Voi­là les condi­tions de l’Amour.

Car l’Amour est une ver­tu d’indulgence, de par­don et de res­pect des autres.

Enfin, l’A­mour est liber­té. Liber­té de dire ce que vous pen­sez et res­sen­tez, au lieu de dire ce que vous croyez devoir res­sen­tir ou pen­ser. Une liber­té de dire ce que vous vou­lez, au lieu d’at­tendre que l’autre devine votre désir. C’est la liber­té d’être res­pon­sable de vos besoins et de vos sen­ti­ments sans faire croire à l’autre qu’il doit les prendre en charge.

Alors, puisque le temps m’est ici fugace, je vous deman­de­rai ceci : deve­nez un espace de liber­té. Deve­nez pour ceux qui vous entourent cet espace où la liber­té res­pire, afin qu’ils sachent que le ciel n’est pas là-bas der­rière les nuages, mais qu’il est main­te­nant ici, au plus pro­fond de votre âme, de votre rai­son et de votre cœur. En étant libres, vous don­ne­rez espoir. Ah, l’es­poir… vous savez ce petit truc dont les Jedi, dans l’u­ni­vers de Sta­wars, disent qu’une petite étin­celle peut redon­ner foi à toute une galaxie. C’est ce petit truc que vous devez avoir en vous, car il vous col­le­ra à la peau, vous enra­ci­ne­ra au ciel en vous enla­çant les bras et les jambes.

Deve­nez cet espoir qui peut nous étouf­fer à en cre­ver, à en crier, à en vivre sans fin.
Fra­gile, si fra­gile, comme la fleur des blés il ense­mence nos che­mins, il nour­rit nos après-demain et fait écla­ter nos rires plus loin que la terre.

Écrit en rouge sur les murs des pri­sons, il se nomme LIBERTÉ

Écrit en noir sur les portes des princes, il se nomme JUSTICE

Écrit en bleu sur le gris de nos villes, il se nomme HORIZON

Écrit en blanc sur les robes des filles, il se nomme PRINTEMPS

Écrit en rose sur les fleurs de nos mains, il se nomme FRATERNITÉ

Écrit en trans­pa­rence dans les yeux des enfants, il se nomme VIVRE

Écrit en arc-en-ciel sur le soleil cou­chant, il se nomme DEMAIN

Demain, c’est pour moi le syno­nyme du mot « enfant ». Et c’est aus­si pour ça que nous sommes ensemble aujourd’­hui. Nous sommes là parce que l’en­fance de main­te­nant est la graine qui fera pous­ser des champs de « demains ». Parce que nos vies nous com­mandent de le faire, parce que notre pas­sé nous l’a appris, parce que nos rêves nous l’or­donnent presque. Et nom­breux sont ceux qui cultivent ces rêves, ces espoirs, ces len­de­mains.

Ain­si, c’est en culti­vant les rêves des enfants que nous tous, ensei­gnants, parents, grand-parents, amis, et tous ceux qui le vou­dront… nous tous devons fabri­quer l’a­ve­nir des adultes de demain. C’est en arro­sant de larmes de joie les ombres ou le cha­grin que les arbres de vie s’é­lèvent, fiers rem­parts contre la soli­tude, la folie, voire la mala­die. Et c’est en per­met­tant à l’a­ve­nir de se parer de forêts de jeu­nesse que nous devien­drons, aux yeux de nos enfants, des héros. Oui, rap­pe­lez vous, ce que je disais au début de mon petit texte, je vous par­lais des héros qu’aiment à glo­ri­fier les enfants (et moi aus­si d’ailleurs, soyons hon­nêtes).

Mais vous toutes et tous qui êtes là avec nous, connais­sez vous la défi­ni­tion du mot héros ?

C’est quoi être un héros. Regar­dez vous dans la glace et vous le sau­rez.
Regar­dez vous dans les yeux et dites moi que vous n’êtes pas héroïque. Que vous n’a­vez pas endu­ré, souf­fert, ou que vous n’a­vez pas per­du des choses ou des gens aux­quels vous teniez le plus. Et pour­tant, vous êtes là, vous avez sur­vé­cu aux épreuves, tous ces com­bats les plus durs qu’on ait jamais vus. Nous sommes tous des héros. Quelques uns plus que d’autres, au milieu de lâches qui n’ont de cesse de se cacher. Les lâches sont ceux qui vivent ici, dans la rue, par­mi nous, avec nous. Tou­jours à côté de nous, mais rare­ment pré­sents. Il cherchent à être ce héros que vous êtes. Ils cherchent à détruire ce qu’ils n’ar­rivent pas à être.

Parce qu’un héros ce n’est pas quel­qu’un au-des­sus de nous qui nous pro­tège, un héros ce n’est pas un dieu, ni une idée. Un héros c’est quel­qu’un qui vit ici, dans la rue, par­mi nous, avec nous.

Tou­jours pré­sent mais rare­ment à côté.

Alors faites moi plai­sir. Ren­dez moi ser­vice.

Enren­trant chez vous tout àl’­heure, regar­dez vous dans la glace, et voyez vous tels que vous êtes vrai­ment. Si le miroir se brise regar­dez votre reflet se défor­mer. Regar­dez le sang se mêler aux larmes de ceux que vous aurez bri­sés. Et pen­sez à Pablo Neru­da qui disait :

Regar­dez

Le sang dans les rues.

Regar­dez le sang

dans les rues.

Regar­dez le sang dans les rues.

Vous êtes un(e) lâche, une ano­ma­lie.

Mais oublions cela. Regar­dez vous réel­le­ment dans dans la glace en vous rap­pe­lant ce que je vous ai dit, et voyez le reflet res­ter pur. La jus­tice parle, elle n’est jamais loin. Elle est patiente et n’est pas aveugle à plein temps.

Soyez un homme, une femme, un élu, un pom­pier, un ensei­gnant, un arti­san, un agri­cul­teur ; soyez un héros. Et au regard des enfants de demain, dites vous ceci : vous vivez sur cette pla­nète, vous êtes un héros. Bien­ve­nue chez vous.

Ludo­vic Malé­cot